|
L'exploitation
commerciale de la toile Internet semble avoir atteint son niveau
de saturation au Cameroun. Entre le prix encore élevé
de la connexion, les pratiques anticoncurrentielles de certains
fournisseurs d'accès et les tracasseries administratives,
les exploitants de cybercafés et les clients s'entendent
difficilement.
Les
cybercafés au bord de l'essoufflement
Six années après l'introduction d'Internet dans les
circuits commerciaux du Cameroun, la bulle semble sur le point de
crever. Paradoxalement. Alors qu'au fils des mois, le nombre des
web-cafés et les services offerts dans ces espaces est allé
croissant, l'intérêt des opérateurs économiques
pour l'activité s'est dégradé. On est aujourd'hui
très loin des bénéfices que réalisaient
les promoteurs de " WEB-CAFE ", le premier cybercafé
du Cameroun créé en septembre 1997 par Pascal Junior
Monkam, un ingénieur camerounais basé aux Etats-unis.
" Nous étions en situation de monopole et les gens venaient
de tous les coins du Cameroun pour envoyer des e-mail chez nous
" soulignait déjà dans les colonnes du site Internet
de Rfi en janvier 2001, Modeste Ngueuko, le patron du Web-café
de Douala.

Utlisateur dans un cybercafé.
Ce quasi-monopole
n'a été que de courte durée car au fur et à
mesure que les camerounais manifestaient leur intérêt
pour l'outil Internet, d'autres opérateurs économiques
y investissaient. Ce fut le cas dès mars 1999 lorsque Jean
Adolphe Ngangue Nseke, le patron de cyberbao, décida de transformer
son espace d'informations vocales en un cybercafé. Suivront
quelques mois plus tard, Iccnet, Wagne-Internet ... L'intérêt
croissant des utilisateurs et les plus-values tirées de l'opération
a non seulement permis à ces pionniers d'Internet d'ouvrir
d'autres cybercafés à Yaoundé, la capitale
politique, mais également d'augmenter leur capacité
d'accueil. D'une dizaine d'ordinateurs au départ, Cyberbao
est passé à plus de 60 ordinateurs deux années
plus tard. Idem pour Iccnet et le Web-café de Douala qui
avait entre temps investit Bonanjo, le quartier administratif de
la capitale économique camerounaise.
Suivisme
engorgeur
D'autres villes à l'instar de Buea dans la province du Sud-ouest
et Bafoussam ont également été connecté
sur la toile grâce aux investisseurs en quête de marché.
Même si comme l'explique Jean Adolphe Ngangue Nseke, le premier
opérateur à s'être installé à
Buéa, les pesanteurs de l'administration et l'incurie de
certains responsables des télécommunications n'ont
pas rendu la tâche facile aux opérateurs.
Les rumeurs
sur la rentabilité de ces espaces commerciaux ont provoqué
une ruée des camerounais vers ce secteur. Avec les mois,
les cybercafés ont poussé comme les bistrots dans
les quartiers de la capitale économique. Davantage par suivisme
que par conviction. Pour certains opérateurs économiques
ayant mis leurs billes dans l'activité, " elle permettait
au moins d'investir dans un secteur où le risque de disparition
des éléments essentiel de l'activité était
réduit " . En fait éléments nécessaires
pour ouvrir un cybercafé, les promoteurs doivent nécessaires
disposer des ordinateurs performants, des locaux appropriés,
mais également une connexion Internet avec ou sans ligne
téléphonique. Cette connexion leur est d'ailleurs
fournie par les fournisseurs d'accès - providers - qui doivent
préalablement au début de leur activité verser
auprès de la Cameroon Télécommunication - Camtel
-, le gestionnaire du point cm, une caution de 1 360 000 Fcfa, une
avance sur consommation de même montant et des frais d'établissement
de liaison fixés à 420 000 Fcfa.
Jusqu'en 2000,
les principaux providers - Camnet (service public), Wagne-Internet,
Suptélécom (le fournisseur de Cyberbao), Iccnet et
Jc - obtenaient pratiquement tous leur connexion de Camtel, même
s'il existait déjà des expérimentations des
liaisons satellitaires. Mais c'est surtout avec l'entrée
d'un fils de ministre dans le secteur marqué par le lancement
de Newtech, un cybercafé monstre dans la ville de Yaoundé
ainsi que le déploiement de Cyberix, Globalnet d'autres cybercafés
mis sur pied par des ingénieurs sortis de l'école
nationale Polytechnique ont contribué à révolutionner
le système tarifaire et le mode de connexion. Les connexions
se font désormais par Vsat sur haut débit et les prix
ont chuté jusqu'à 500 Fcfa l'heure dans certains cybercafés
désireux de s'attirer la clientèle dans un marché
très concurrentiel.
Les
avatars du Net
L'envolée du nombre de clients des cybercafés a été
appuyée par la diversification des services offerts. Alors
qu'au début, Internet servait uniquement à envoyer
et recevoir des courriers électroniques, il est devenu un
instrument privilégié pour la recherche des mariages,
d'informations stratégiques et un tremplin pour l'émigration
vers l'Europe, l'Amérique et l'Asie. Mieux encore, Internet
et les cybercafés sont devenus au Cameroun, le moyen par
excellence pour faire du commerce. A travers des sites, des courriers
électroniques, de plus en plus d'entrepreneurs cherchent
des partenaires commerciaux, vendent et achètent des marchandises
en ligne. En l'absence de statistiques définitifs sur la
question, le ministère des postes et télécommunications
évalue à quelques 2000, le nombre de cybercafés
en fonctionnement dans les villes de Douala, Yaoundé, Buéa
et Bafoussam, pour une moyenne journalière de fréquentation
de 150 000 internautes.
Pour le cas
particulier du Cameroun, le développement du commerce électronique
tout comme celui d'Internet et des cybercafés coincent sur
un problème d'infrastructures et de prix. Aucun moyen ne
permet encore aux utilisateurs de la toile de se faire payer directement
en ligne. Les modes de connexion coûtent encore très
cher aux gestionnaires de cybercafés et l'utilisation de
la fibre optique récemment installée au Cameroun n'est
pas encore démocratisée. Les propriétaires
de cybercafés se plaignent du diktat des fournisseurs d'accès
qui leurs fixent des prix très prohibitifs. " La vente
aux entreprises est plus rentable que celle faites aux cybercafés.
Et nous ne serons nullement gênés que les cybercafés
arrêtent d'embouteiller nos lignes " explique un provider
qui a requis l'anonymat pour des besoins de sécurité.
Cette situation,
ajoutée aux tracasseries fiscales et aux coûts élevés
des dépenses de fonctionnement ont provoqué le retrait
progressif de certains opérateurs économiques du secteur.
Les providers qui disposaient dans le passé des salles de
surf géantes se concentrent davantage sur les activités
de vente de connexion aux entreprises, confinant les anciens cybercafés
aux simple rôle de vitrine. Les promoteurs de cybercafés
du quartier, menacent quant à eux de fermer boutique si les
tarifs de connexion n'étaient pas revus à la hausse
pour leurs clients et les moyens de connexion améliorés.
Cette situation a récemment été à l'origine
d'un projet de création d'un syndicat pour la défense
des droits des propriétaires de cybercafés. Preuve
s'il en fallait encore que la situation n'est pas reluisante chez
ces opérateurs qui croyaient avoir conquis l'eldorado et
que la bulle qui avait suffisamment enflé au Cameroun, risque
crever.
Rodrigue
Soffo
|
|