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Dossier
 
INTERNET
Cameroun : Internet en quelques dates
 
- 1996 : Internet commence à être évoqué régulièrement dans les discours des responsables camerounais. Le projet de faire venir le réseau des réseaux au Cameroun se précise. Une source bataille oppose trois grandes structures d'Etat, à savoir l'Ecole polytechnique de Yaoundé, le Centre National d'informatique (Cenadi) et Intelcam (Société internationale des télécommunications), pour la gestion du point d'accès Cameroun. Le gouvernement tranche : Intelcam est choisie. Intelcam devient trois ans plus tard Camtel (Cameroon Telecommunications).

- Février 1997 : le Premier ministre camerounais Peter Mafany Musonge inaugure le nœud d'accès à Yaoundé. L'on découvre qu'Internet arrive au Cameroun grâce à une firme américaine, ATT.


- Septembre 1997 : le premier cybercafé privé s'installe à Douala, le Web café, œuvre d'un ingénieur camerounais résidant aux Etats-Unis.

- Mars 1998 : Ouverture du cybercafé de Wagne-Internet

- Mars 1999 : un opérateur privé, jean Adolphe Ngangué Nséké installe sa propre antenne à Douala, avec l'aide des Canadiens.


- Avril 1999 : le Cameroun signe un accord avec Télé globe, une société canadienne, qui installe une seconde voie d'arrivée de l'Internet dans le pays ; c'est à Douala. Les habitants de la capitale économique poussent un ouf de soulagement, eux qui étaient obligés de passer par Yaoundé, avec ce que cela comporte comme difficultés techniques. L'Internet décolle à Douala.

- 2000 : Ouverture New -Tech et cybérix


- 2002 : Installation fibre optique

 

 

L'exploitation commerciale de la toile Internet semble avoir atteint son niveau de saturation au Cameroun. Entre le prix encore élevé de la connexion, les pratiques anticoncurrentielles de certains fournisseurs d'accès et les tracasseries administratives, les exploitants de cybercafés et les clients s'entendent difficilement.

Les cybercafés au bord de l'essoufflement
Six années après l'introduction d'Internet dans les circuits commerciaux du Cameroun, la bulle semble sur le point de crever. Paradoxalement. Alors qu'au fils des mois, le nombre des web-cafés et les services offerts dans ces espaces est allé croissant, l'intérêt des opérateurs économiques pour l'activité s'est dégradé. On est aujourd'hui très loin des bénéfices que réalisaient les promoteurs de " WEB-CAFE ", le premier cybercafé du Cameroun créé en septembre 1997 par Pascal Junior Monkam, un ingénieur camerounais basé aux Etats-unis. " Nous étions en situation de monopole et les gens venaient de tous les coins du Cameroun pour envoyer des e-mail chez nous " soulignait déjà dans les colonnes du site Internet de Rfi en janvier 2001, Modeste Ngueuko, le patron du Web-café de Douala.


Utlisateur dans un cybercafé.

Ce quasi-monopole n'a été que de courte durée car au fur et à mesure que les camerounais manifestaient leur intérêt pour l'outil Internet, d'autres opérateurs économiques y investissaient. Ce fut le cas dès mars 1999 lorsque Jean Adolphe Ngangue Nseke, le patron de cyberbao, décida de transformer son espace d'informations vocales en un cybercafé. Suivront quelques mois plus tard, Iccnet, Wagne-Internet ... L'intérêt croissant des utilisateurs et les plus-values tirées de l'opération a non seulement permis à ces pionniers d'Internet d'ouvrir d'autres cybercafés à Yaoundé, la capitale politique, mais également d'augmenter leur capacité d'accueil. D'une dizaine d'ordinateurs au départ, Cyberbao est passé à plus de 60 ordinateurs deux années plus tard. Idem pour Iccnet et le Web-café de Douala qui avait entre temps investit Bonanjo, le quartier administratif de la capitale économique camerounaise.

Suivisme engorgeur
D'autres villes à l'instar de Buea dans la province du Sud-ouest et Bafoussam ont également été connecté sur la toile grâce aux investisseurs en quête de marché. Même si comme l'explique Jean Adolphe Ngangue Nseke, le premier opérateur à s'être installé à Buéa, les pesanteurs de l'administration et l'incurie de certains responsables des télécommunications n'ont pas rendu la tâche facile aux opérateurs.

Les rumeurs sur la rentabilité de ces espaces commerciaux ont provoqué une ruée des camerounais vers ce secteur. Avec les mois, les cybercafés ont poussé comme les bistrots dans les quartiers de la capitale économique. Davantage par suivisme que par conviction. Pour certains opérateurs économiques ayant mis leurs billes dans l'activité, " elle permettait au moins d'investir dans un secteur où le risque de disparition des éléments essentiel de l'activité était réduit " . En fait éléments nécessaires pour ouvrir un cybercafé, les promoteurs doivent nécessaires disposer des ordinateurs performants, des locaux appropriés, mais également une connexion Internet avec ou sans ligne téléphonique. Cette connexion leur est d'ailleurs fournie par les fournisseurs d'accès - providers - qui doivent préalablement au début de leur activité verser auprès de la Cameroon Télécommunication - Camtel -, le gestionnaire du point cm, une caution de 1 360 000 Fcfa, une avance sur consommation de même montant et des frais d'établissement de liaison fixés à 420 000 Fcfa.

Jusqu'en 2000, les principaux providers - Camnet (service public), Wagne-Internet, Suptélécom (le fournisseur de Cyberbao), Iccnet et Jc - obtenaient pratiquement tous leur connexion de Camtel, même s'il existait déjà des expérimentations des liaisons satellitaires. Mais c'est surtout avec l'entrée d'un fils de ministre dans le secteur marqué par le lancement de Newtech, un cybercafé monstre dans la ville de Yaoundé ainsi que le déploiement de Cyberix, Globalnet d'autres cybercafés mis sur pied par des ingénieurs sortis de l'école nationale Polytechnique ont contribué à révolutionner le système tarifaire et le mode de connexion. Les connexions se font désormais par Vsat sur haut débit et les prix ont chuté jusqu'à 500 Fcfa l'heure dans certains cybercafés désireux de s'attirer la clientèle dans un marché très concurrentiel.

Les avatars du Net
L'envolée du nombre de clients des cybercafés a été appuyée par la diversification des services offerts. Alors qu'au début, Internet servait uniquement à envoyer et recevoir des courriers électroniques, il est devenu un instrument privilégié pour la recherche des mariages, d'informations stratégiques et un tremplin pour l'émigration vers l'Europe, l'Amérique et l'Asie. Mieux encore, Internet et les cybercafés sont devenus au Cameroun, le moyen par excellence pour faire du commerce. A travers des sites, des courriers électroniques, de plus en plus d'entrepreneurs cherchent des partenaires commerciaux, vendent et achètent des marchandises en ligne. En l'absence de statistiques définitifs sur la question, le ministère des postes et télécommunications évalue à quelques 2000, le nombre de cybercafés en fonctionnement dans les villes de Douala, Yaoundé, Buéa et Bafoussam, pour une moyenne journalière de fréquentation de 150 000 internautes.

Pour le cas particulier du Cameroun, le développement du commerce électronique tout comme celui d'Internet et des cybercafés coincent sur un problème d'infrastructures et de prix. Aucun moyen ne permet encore aux utilisateurs de la toile de se faire payer directement en ligne. Les modes de connexion coûtent encore très cher aux gestionnaires de cybercafés et l'utilisation de la fibre optique récemment installée au Cameroun n'est pas encore démocratisée. Les propriétaires de cybercafés se plaignent du diktat des fournisseurs d'accès qui leurs fixent des prix très prohibitifs. " La vente aux entreprises est plus rentable que celle faites aux cybercafés. Et nous ne serons nullement gênés que les cybercafés arrêtent d'embouteiller nos lignes " explique un provider qui a requis l'anonymat pour des besoins de sécurité.

Cette situation, ajoutée aux tracasseries fiscales et aux coûts élevés des dépenses de fonctionnement ont provoqué le retrait progressif de certains opérateurs économiques du secteur. Les providers qui disposaient dans le passé des salles de surf géantes se concentrent davantage sur les activités de vente de connexion aux entreprises, confinant les anciens cybercafés aux simple rôle de vitrine. Les promoteurs de cybercafés du quartier, menacent quant à eux de fermer boutique si les tarifs de connexion n'étaient pas revus à la hausse pour leurs clients et les moyens de connexion améliorés. Cette situation a récemment été à l'origine d'un projet de création d'un syndicat pour la défense des droits des propriétaires de cybercafés. Preuve s'il en fallait encore que la situation n'est pas reluisante chez ces opérateurs qui croyaient avoir conquis l'eldorado et que la bulle qui avait suffisamment enflé au Cameroun, risque crever.

Rodrigue Soffo


 
 
 

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